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BossaNovaBrasil | 19 septembre 2017

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La bossa rêvée des français

La bossa rêvée des français

On peut aimer et pratiquer la bossa nova sans parler portugais ni avoir jamais mis les pieds à Rio : c’est ce que prouvent chaque jour les musiciens de Bossa Jade. Rencontrés à Paris, Jean-Baptiste Amand et Louise Haddad nous racontent l’aventure de leur groupe et parlent de leur premier album, tout juste sorti sous le titre « Monsieur Salvador ».

« La bossa, une passion française », titrait un article de Bruno Lesprit paru voici quelques années dans Le Monde. Son idée reste actuelle, même si italiens et japonais partagent cette tendresse spontanée pour la souplesse et la douceur de cette musique inventée par Tom Jobim et João Gilberto, et que l’on n’entend pratiquement plus nulle part au Brésil. C’est dire si les gringos de la bossa nova provoquent l’étonnement des brésiliens, un peu, disons, comme si des chinois montaient des bals musette.

Voilà sans doute pourquoi j’ai longtemps tardé à rencontrer Bossa Jade. Leur unique incursion sur ce site correspond à un enregistrement à la coule qu’ils avaient fait de l’excellente chanson « Assedic » d’Eric Toulis. La sortie de leur premier album me motive à répondre à Louise, chanteuse, sophrologue… et attachée de presse pour la cause. Rendez-vous est pris sur les Champs-Elysées. On se retrouve au Deauville. Louise est venue avec Jean-Baptiste Amand, l’âme du groupe.

BossaNovaBrasil : Comment la bossa s’est-elle emparée de vos corps ?

Jean-Baptiste, auteur-compositeur, chanteur, guitariste : Je jouais de la guitare au lycée. De la pop, bien sur : Crosby, Still, Nash and Young, Simon & Garfunkel, les Beatles… Et puis un jour lors d’un bœuf on a vu arriver une fille que personne ne connaissait, une fille d’Amérique du Sud. Quand elle a commencé à jouer sur sa guitare nylon, je n’ai pas bien compris ce qui se passait. Et quand elle s’est mise à chanter, ça a été pareil. Je regardais ses doigts : que des accords que je ne connaissais pas. Les avait-elle inventés ? Et ce rythme bizarre, qui tombait toujours à côté, c’était quoi ? Etait-elle la seule à jouer comme ça ? C’était ma première bossa nova.

Par la suite, j’ai pris une vraie claque en regardant Orfeu Negro et j’ai découvert João Gilberto, qui m’a littéralement fasciné.

Louise Haddad (Lou) : Le groupe existe depuis six ans. Son noyau dur est constitué de copains d’enfance. Jean-Baptiste et Serge, le percussionniste se connaissent depuis la maternelle. Fred le bassiste les a rencontrés au collège ! Ils jouaient déjà ensemble quand Benoit, le guitariste (électrique) et nous les filles – Louise et Patricia – les avons rejoint il y a six ans.

Vivre de la bossa en France, personne n’y compte vraiment, et les membres du groupe n’y font pas exception. Informaticien, graphiste, sophrologue… chacun se débrouille pour consacrer le plus de temps possible à la musique tout en nourrissant  sa famille. Mais il n’y a pas qu’en France – souvenez-vous de l’interview de l’excellent sambiste Ernesto Pires !

BNB : On parle de vos influences ?

JB : Côté bossa, j’ai déjà cité João Gilberto. J’adore Celso Fonseca. Sa voix, la subtilité, le son… Et aussi Marcio Faraco, Djavan. Toquinho, bien sur. Paulinho Moska, formidable.

Lou : Eliane Elias, Rosa Passos, Paulo Costa… A l’origine c’était plutôt Carole King, et son album Tapestry que je connais par cœur. Et aussi Cat Stevens, Elton, Stevie Wonder… Mais nous sommes tous assez différents dans nos goûts, en dehors de la bossa qui nous unit. Par exemple, Fred serait plutôt branché musiques latines, et particulièrement chiliennes. Serge en pince pour le latin, le reggae, la rumba. Benoit vient du blue grass…

BNB : Et ce premier album, tout frais pressé, pourquoi l’avoir dédié à Henri Salvador ?

JB : En fait c’est la première chanson, Monsieur Salvador, qui lui a donné son titre… Mais il y a une histoire derrière. Il y a dix ans de ça, en toute naïveté, sans le connaître, j’ai écrit une chanson pour Henri Salvador. A force de me démener, j’ai fini par dénicher son numéro de téléphone. J’ai mis le numéro dans la caisse de ma guitare… et je n’ai jamais osé l’appeler ! Et je n’ai jamais rencontré Henri Salvador.

La chanson Monsieur Salvador a bénéficié de l’arrangement de Didier Sustrac (que l’on retrouve un peu plus loin dans Still want you, NDLR). Heureusement que Didier était là, parce que j’avais fait beaucoup trop long ! J’ai écrit les paroles à partir de titres des chansons d’Henri et ça, oui, c’est un hommage. D’ailleurs on a prévu d’en faire un clip.

BNB : Quels sont vos projets pour l’année qui vient ?

JB : On pense aussi déjà au disque suivant. Il y aura du yukulélé, et aussi le Melodica de Lou… et, j’espère, pas mal d’invités.

Lou : En 2011, nous avons moins tourné que d’habitude, on a fait vingt ou vingt-cinq dates au lieu de cinquante, parce que la préparation du disque nous a pris pas mal de temps. Alors cette année, l’idée c’est d’abord de tourner et d’assurer la promotion de l’album. Et aussi de multiplier les rencontres avec d’autres musiciens influencés par la bossa nova.

BNB : Merci pour votre temps, et à bientôt en concert.

*

A propos de l’album :

Le premier album de Bossa jade est à l’écoute sur leur site, où vous pouvez le commander pour une somme modique. Sa pochette plante la Tour Eiffel sur un morro de Rio. L’album, quasi entièrement en français, ne compte aucune reprise, et quant à moi je trouve ça aussi bien. En lieu et place, on trouve dix titres tous écrits par Jean-Baptiste Amand.

J’ai remarqué Des cheveux aux orteils, qui raconte l’histoire musicale de Jean-Baptiste – sans doute la raison pour laquelle la rythmique de guitare des origines de la bossa est si présente. Aquarium surprend d’abord avec un clin d’oeil  à Gainsbourg « couleur poisson », et s’avère un morceau bien dans la veine : décontracté, avec un piano (Joël Bouquet) bien venu et l’apport violon-violoncelle de Laurence Vialle et Christophe Boissière. Tu m’plais, musicalement assez réussi, fait mieux entendre la voix de Louise Haddad, et apporte un peu de variété avec une battue de guitare manouche, un break jazzy, un bref pont sur un beat latin avant d’atterrir sur une rythmique traditionnelle de bossa.

D’accord, l’album, autoproduit, n’est pas parfait, les chansons sont un peu inégales, le son un rien systématique, la battue de guitare très en avant, mais je suis certain que le groupe, rompu à la scène, est capable d’enchanter une salle.

Ecoutez donc l’unique chanson en anglais du disque : Still want you, qui se distingue par l’apport du clavinet, des claves et d’une battue de batterie différente. Les paroles ne devraient pas effrayer les plus rétifs à la langue anglaise ! Mais sa longue coda promet de très jolies fins de concert.

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Bossa Jade, premier album : Monsieur Salvador. A retrouver et commander sur leur site www.bossa-jade.fr

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Commentaires

  1. joana

    tiens tiens voila que je me reconnais dans cette article ,je me sens comme Obelix tombée dans la marmite brésilienne , jamais une musique m’aura autant fascinée , et comme le chemin est long pour la jouer « un peu comme eux !  » Joana

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