João Gilberto : de la gloire à l’amour de l’art

Une rencontre marquante au Carnegie Hall

À l’issue d’un concert au Carnegie Hall, un groupe de Brésiliens décide de prolonger leur séjour aux États-Unis. Parmi eux se trouve João Gilberto. C’est ici qu’il fait la connaissance du saxophoniste Stan Getz, un musicien de jazz talentueux et ambitieux, qui a anticipé l’essor de la bossa nova et qui avait déjà enregistré « Jazz Samba » avec le guitariste Charlie Byrd l’année précédente. En 1963, les deux artistes unissent leurs talents pour enregistrer un premier album, Getz/Gilberto.

Le succès phénoménal de Getz/Gilberto

Le succès est colossal. La maison de disques investit massivement, et les médias s’emparent de l’événement. En étiquetant la bossa nova comme du « jazz », les producteurs parviennent à redonner une visibilité au jazz cubain, alors en retrait à cause de la présence de Fidel Castro. Astrud, la femme de João Gilberto, qui chantait à l’origine en amateur, devient la voix emblématique de « Garota de Ipanema », un succès mondial. En fait, la voix de João, qui chantait en portugais, est même retirée du single ! Après une séparation avec Astrud, qui choisit de poursuivre sa carrière avec Stan Getz, João finit par trouver du réconfort dans les bras de Miucha, la sœur de Chico Buarque. Sans aucune rancune, il enregistre avec Getz un second album qui rencontra également le succès.

Retour à ses racines mexicaines

Par la suite, João s’installe au Mexique pour des raisons mystérieuses. Sur place, il commence à travailler sur un album qui marquera le retour à sa propre inspiration : João Gilberto en México, sorti en 1970.

L’impact de Tom Jobim

Récemment, j’ai vu un tweet de Daniel Jobim (le petit-fils de Tom Jobim) affirmant que sans Tom Jobim, João Gilberto n’existerait pas. Historiquement, il est vrai que la présence de João comme guitariste sur l’enregistrement du célèbre Chega de Saudade d’Elizete Cardoso (bien que seulement sur deux morceaux) était due à l’insistance de Tom, qui l’a ensuite soutenu auprès de l’éditeur pour qu’il puisse enregistrer son premier album. Cependant, musicalement parlant, c’est une réalité très différente. Au lieu de se concentrer uniquement sur les succès de Tom Jobim, João a passé sa carrière à réinterpréter une vaste gamme de sambas ainsi que d’autres morceaux variés. Seulement 10% de son répertoire provient de Tom. Cela est vrai à son retour à Rio en 1957 et également pour cet album mexicain particulièrement diversifié, où figurent des titres comme Besame Mucho, Farolito, Eclipse, et Trolley Song.

Une performance live mémorable

Découvrez sa version de Besame Mucho enregistrée sur scène dans les années 90, capturée par un guitariste…

L’album blanc : un chef-d’œuvre intemporel

En 1973, João sort un autre album sans titre, que les fans appellent couramment « l’album blanc » en raison de sa couverture minimaliste. La simplicité de la pochette contraste avec la beauté sublime de son contenu. En duo avec le percussionniste Sonny Carr, João Gilberto livre des morceaux d’une rare intensité – étonnamment, cela ne fut pas son plus grand succès commercial.

Ce chef-d’œuvre hypnotique comprend un Aguas de Março légendaire, des titres comme Na Baixa do Sapateiro d’Ary Barroso, Falsa Baiana de Geraldo Pereira, Eu quero um samba de Barbosa, et É Preciso Perdoar. Il dédie également une chanson à Gilberto Gil avec Eu vim da Bahia. Miucha chante aux côtés de João sur la délicate Izaura d’Herivelto Martins, dont il est un fervent admirateur. João présente également trois de ses propres compositions : Valse, Undiú et Bebel.

Écoutez la chanson de Gilberto Gil

Voici sa magnifique interprétation de Eu vim da Bahia – un hommage à ses racines bahianaises, accompagné de l’espoir de retourner un jour dans cette région.