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BossaNovaBrasil | 16 décembre 2017

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4 Commentaires

Rio, derrière les chars, l’espoir

Que se passe t-il encore à Rio ? me demande t-on. C’est quoi ces combats de rue entre police et trafiquants ? Que font les chars dans les favelas ? Et les hommes en noir de la B.O.P.E., ce sont des escadrons de la mort ? On se calme.

Vous le savez, Rio de Janeiro est loin de se limiter à sa « zone sud » touristique et chic. La majorité habite dans des favelas de toutes tailles, dont la liste est longue. Certaines sont à quelques mètres des immeubles bourgeois d’Ipanema et présentent un équipement et un confort acceptables. D’autres s’étalent sur des dizaines de kilomètres, loin des yeux des touristes, et n’offrent que des conditions précaires et aucun équipement collectif. La police et l’Etat ont déserté ces lieux passés sous la coupe de diverses bandes de trafiquants de drogue, devenus à la façon maffieuse les « protecteurs » des habitants.

Jusqu’en 2008, l’action policière à Rio se bornait à des descentes soudaines dans les favelas, à des fusillades au cours desquelles des innocents se faisaient régulièrement tuer ou blesser, à quelques interpellations, et à beaucoup de coups de menton guerriers des politiques, sous l’œil avide des caméras de télévision. Cette police spectacle, brutale et facilement meurtrière, repartait aussitôt après son « opération coup de poing », laissant le terrain aux bandes qui revenaient aussitôt sur place. Les deux camps rivalisaient d’armement et de ruses de guerre. Bilan de ces nombreuses années où l’on voulait « que la peur change de camp » et « faire la guerre à la drogue » : nul.

Sérgio Cabral Filho est le Gouverneur de Rio de Janeiro depuis 2007, et vient d’être triomphalement réélu (66% des voix). Son objectif : pacifier la ville. Pour y arriver, il organise une reconquête progressive des quartiers (comme on les appellerait pudiquement chez nous). Il en chasse les trafiquants par des opérations lourdes, et y réinstalle une police de proximité, les UPP (unités de police pacificatrice) en même temps que les services municipaux.

Le 29 novembre dernier, le fameux (l’infâme ?) Morro do Alemão (le « Complexe de l’Allemand ») a été investi à son tour par la police brésilienne, soutenue par des troupes de marine. Le B.O.P.E. (genre de GIGN, décrit dans les deux films Troupe d’Elite I et 2) s’est emparé du terrain et le tiendra jusqu’à l’installation des UPP. Impressionnante, l’opération n’a fait aucune victime collatérale pour autant que l’on sache. Quant aux trafiquants, ils ont fui par les égouts.

Forcés de quitter leur territoire pour s’installer dans une autre favela un peu plus lointaine, ces mêmes trafiquants se heurteront aux bandes en place dans leur nouveau quartier – autant dire que les guerres des gangs risquent de ne pas s’arrêter tout de suite et que la pacification prendra des années. Mais combien de temps a duré la politique qui l’a précédé ?

En France nous n’avons pas de favelas, mais nous ne manquons pas de quartiers difficiles. Avons-nous besoin de gardiens de la paix ou de guerriers de la rue ? Où sont les progrès en matière de criminalité, de drogue, de citoyenneté ? Nulle part. Mais la démagogie n’est pas que contre productive, elle est aussi dangereuse. Ca serait dommage d’attendre d’en arriver à la situation de Rio pour que l’intelligence reprenne le pouvoir…

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Commentaires

  1. caro

    merci pr cet article et cette mise au point. mais les récentes images de fuite de traficants m’ont fait penser qu’on risque de déplacer le problème ailleurs et agraver la situation d’autres villes moins sous le feu des projecteurs que Rio avec les JO 2012… qu’en pensez-vous?

  2. Thierry

    La politique de pacification a commencé 2 ans avant que Rio ait gagné les JO (de 2016). Mais je comprends cette crainte des vases communiquants.

    Je pense cependant qu’il vaut mieux que les bandits soient dans l’inconfort de la fuite qu’installés durablement dans un quartier qu’ils noyautent. Je doute par ailleurs qu’ils soient accueillis à bras ouverts par leurs semblables – et concurrents – dans les nouveaux quartiers qu’ils iront occuper : ce ne sont pas des résistants ou des révolutionnaires, ce sont juste des voyous qui tirent profit de la Prohibition sur la drogue comme leurs prédécesseurs de Chicago de celle sur l’alcool au siècle dernier.

    Enfin on peut espérer que l’exemple carioca entraîne d’autres municipalités à changer de politique… ou qu’un jour on trouve enfin une solution au problème de la drogue – l’échec patent de 40 ans de prohibition devrait donner à réfléchir, mais là-aussi la démagogie règne en maître…

  3. Richard

    En fait de police « pacificatrice » j’ai surtout l’impression qu’on prend les mêmes et qu’on recommence. Les politiques changent, les flics restent les mêmes. Et contre un billet ou deux tout s’ « arrangera » quand les cameras s’eloigneront…

  4. emma watson pics

    Very interesting blog on Pacification à Rio de Janeiro | Bossa Nova Brasil, unlike the others!

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