Nous avons eu l’occasion de déguster des thés provenant de quatre continents différents au fil de nos voyages. Pourtant, c’est en Europe, plus précisément sur les îles portugaises des Açores, que nous avons découvert une production qui reste méconnue du grand public. Cette culture s’étend uniquement sur l’île de São Miguel, territoire volcanique situé à 1500 kilomètres à l’ouest de Lisbonne. Les conditions climatiques exceptionnelles de cet archipel permettent la production du seul thé cultivé sur le continent européen. Cette particularité géographique confère aux plantations açoriennes un caractère unique que nous retrouvons rarement ailleurs.
Une culture exceptionnelle en plein océan Atlantique
L’archipel des Açores bénéficie d’un climat subtropical humide qui reproduit naturellement les conditions favorables à la croissance du théier. Les températures oscillent entre 14°C en hiver et 26°C en été, tandis que les précipitations annuelles atteignent 800 à 1000 millimètres. Le sol volcanique, naturellement acide et riche en minéraux, offre un terrain idéal pour cette plante originaire d’Asie. Ces caractéristiques environnementales permettent aux producteurs de cultiver le thé sans recourir à des traitements chimiques. L’isolement géographique constitue également un atout majeur puisque l’île se trouve protégée des pollutions industrielles et agricoles du continent.
Aujourd’hui, deux exploitations perpétuent cette tradition séculaire : Gorreana et Porto Formoso. La première s’étend sur 32 acres et génère environ 40 tonnes de feuilles par an. La seconde, de taille comparable, maintient une production similaire. Ces chiffres peuvent sembler modestes comparés aux 2,3 millions de tonnes produites annuellement par la Chine ou au 1,2 million de tonnes indiennes. Cette différence d’échelle explique pourquoi le thé des Açores demeure un produit rare sur le marché international. Nous apprécions particulièrement cette dimension artisanale qui garantit un contrôle qualité rigoureux.
La récolte s’effectue manuellement d’avril à septembre, période pendant laquelle les conditions climatiques optimisent la croissance des jeunes pousses. Les cueilleuses sélectionnent uniquement les deux premières feuilles et le bourgeon terminal de chaque branche. Cette méthode traditionnelle, certes plus coûteuse en main-d’œuvre, préserve les qualités organoleptiques du produit final. Le processus de transformation reste fidèle aux techniques ancestrales, sans ajout de colorants ni d’agents de conservation. Comme pour les meilleurs vins portugais, le terroir influence directement le profil aromatique de ces thés.
Un héritage historique qui remonte au XIXe siècle
L’histoire du thé portugais débute bien avant son implantation aux Açores. Dès 1513, les navigateurs portugais établissent un premier contact avec Macao, territoire qui deviendra un comptoir commercial majeur à partir de 1553. Cette présence portugaise en Asie facilite les échanges entre l’Europe et les producteurs chinois. Le thé figure parmi les premières marchandises transitant par ces routes maritimes nouvellement établies. Un siècle plus tard, en 1615, les documents attestent du commerce organisé du thé entre la Chine et l’Europe, principalement orchestré par les négociants anglais qui développent rapidement ce marché.
L’expansion de la consommation européenne s’accélère en 1662, année du mariage entre Charles II d’Angleterre et Catherine de Bragance, princesse portugaise. Cette union royale popularise la coutume du thé dans les cours européennes. Parallèlement, les Portugais envisagent de cultiver cette plante dans leurs territoires d’mis à part-mer. Les premières tentatives d’acclimatation à São Miguel interviennent au début du XIXe siècle, mais la production organisée ne débute réellement qu’en 1874. José do Canto, grand propriétaire terrien et botaniste passionné, structure cette activité agricole avec l’assistance technique de deux experts chinois originaires de Macao.
| Année | Événement majeur | Impact |
|---|---|---|
| 1513 | Arrivée des Portugais à Macao | Premiers contacts avec la culture du thé |
| 1615 | Commerce européen établi | Développement des routes commerciales |
| 1662 | Mariage royal anglo-portugais | Popularisation en Europe |
| 1874 | Culture organisée aux Açores | Production européenne viable |

Les variétés produites et leurs caractéristiques gustatives
Les plantations açoriennes produisent principalement des thés verts et des thés noirs, élaborés à partir des mêmes plants mais selon des processus de transformation différents. Le thé vert subit une désactivation enzymatique rapide qui préserve sa couleur et ses antioxydants. Le thé noir, quant à lui, bénéficie d’une oxydation complète qui développe des arômes plus corsés. Nous retrouvons dans ces productions une fraîcheur végétale absente des thés ayant voyagé pendant plusieurs semaines. Cette proximité géographique entre production et consommation européenne constitue un avantage significatif pour la conservation des qualités organoleptiques.
Les producteurs proposent également des variétés aromatisées qui réinterprètent les traditions locales. Le thé noir à la ginginha incorpore cette célèbre liqueur de cerise acide portugaise, tandis que le thé vert à l’ananas rend hommage à une culture fruitière importante de l’archipel. Ces créations illustrent la capacité des producteurs à innover tout en respectant leur patrimoine. De la même manière que le Bolo Rei combine tradition et saveurs locales, ces thés aromatisés proposent une approche contemporaine d’un produit ancestral.
Découvrir la production lors d’un séjour portugais
Les plantations Gorreana et Porto Formoso accueillent les visiteurs toute l’année. Les installations proposent des visites guidées gratuites qui détaillent chaque étape de la production, depuis la culture jusqu’au conditionnement final. Nous recommandons de planifier cette visite entre avril et septembre pour observer la récolte en activité. Les boutiques sur site permettent d’acquérir directement les différentes variétés produites. Cette expérience s’intègre parfaitement dans un circuit découverte de l’île de São Miguel, réputée pour ses paysages volcaniques et ses sources thermales.
Pour ceux qui souhaitent approfondir leur connaissance de la culture portugaise, une visite à Porto ou à Viana do Castelo complète idéalement un séjour axé sur les produits du terroir. Le Portugal développe depuis plusieurs années un tourisme gastronomique de qualité qui valorise ses productions locales. Les thés des Açores s’inscrivent pleinement dans cette démarche de mise en valeur du patrimoine agricole national. Voici les principaux avantages de cette production unique :
- Culture biologique sans pesticides ni herbicides
- Fraîcheur optimale grâce à la proximité du marché européen
- Production artisanale en quantités limitées
- Terroir volcanique conférant un profil gustatif spécifique
- Visites des plantations accessibles aux touristes
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