Le Padrão dos Descobrimentos s’élève majestueusement sur les rives du Tage, à quelques centaines de mètres de la tour de Belém. Nous avons visité ce monument lors de plusieurs séjours à Lisbonne, et chaque fois, nous sommes frappés par sa présence imposante. Cette structure de 52 mètres de hauteur rend hommage aux explorateurs portugais du XVe et XVIe siècle, période durant laquelle le Portugal a tracé de nouvelles routes maritimes à travers le monde. En 1960, pour commémorer le 500e anniversaire de la mort d’Henri le Navigateur, l’édifice a été reconstruit en pierre rosée de Leiria et en calcaire de Sintra. La version actuelle remplace celle de 1940, éphémère et réalisée en plâtre autour d’une structure métallique. L’architecte Fernando Ramalho a remodelé l’ensemble en 1985, ajoutant un belvédère qui offre une vue panoramique sur le quartier de Belém et le fleuve, ainsi qu’un auditorium et des salles d’exposition qui accueillent des millions de visiteurs chaque année.
Un édifice en forme de caravelle tourné vers l’océan
Nous avons toujours été impressionnés par la silhouette du monument, qui épouse la forme d’une caravelle stylisée prête à prendre le large. À la proue se dresse Henri le Navigateur, figure centrale des explorations portugaises, entouré de 32 personnages qui ont contribué aux grandes découvertes maritimes. L’œuvre originale de l’architecte Cottinelli Telmo et du sculpteur Leopoldo de Almeida traduit visuellement l’élan d’une nation vers l’inconnu. Les 33 sculptures disposées le long des flancs du monument représentent navigateurs, cartographes, missionnaires, chroniqueurs et artistes. Cette composition crée une dynamique ascendante qui évoque le mouvement des vagues et l’ambition des explorateurs.
Au pied du monument, une rose des vents monumentale de 50 mètres de diamètre, offerte par l’Afrique du Sud en 1960, marque au sol les dates et directions des principales découvertes. Ce motif nous rappelle les fameux azulejos du Portugal qui racontent l’histoire du pays à travers leurs motifs décoratifs. Cette représentation cartographique témoigne de l’expansion maritime portugaise qui a transformé la connaissance géographique mondiale entre 1415 et 1543.
Les figures emblématiques du côté ouest du monument
Nous distinguons sur le flanc ouest plusieurs personnages dont les contributions ont façonné l’âge d’or portugais. Pierre de Portugal, premier duc de Coimbra, accompagna son père lors de la conquête de Ceuta en 1415, événement qui marque le début des explorations systématiques. Filipa de Lencastre, épouse de Jean Ier et sœur du roi Henri IV d’Angleterre, donna naissance à ce que le poète Luís de Camões appela l’illustre génération, une lignée aux qualités intellectuelles remarquables. Parmi ses descendants, nous retrouvons plusieurs explorateurs et mécènes qui ont encouragé les voyages vers des terres inconnues.
Le monument honore également Fernão Mendes Pinto, l’un des premiers Européens à fouler le sol japonais, et le poète Luís de Camões, auteur de l’épopée nationale “Les Lusiades” qui célèbre les exploits maritimes portugais. Nuno Gonçalves, peintre officiel d’Alphonse V, immortalisa la cour portugaise du XVe siècle, tandis que l’historien Gomes Eanes de Zurara rédigea les “Chroniques de Guinée”, synthèse précieuse des récits d’exploration africaine. Pêro da Covilhã, diplomate et explorateur, collecta des informations cruciales en Afrique et en Inde qui permirent de préparer l’expédition de Vasco de Gama en 1498.
Nous apprécions particulièrement la présence de Jácome de Majorque, cartographe qui forma les premiers maîtres de la cartographie portugaise, et de Pedro Nunes, mathématicien dont les travaux révolutionnèrent le repérage maritime. Gil Eanes fut le premier Européen à franchir le cap Bojador en 1434, considéré comme infranchissable, ouvrant ainsi la voie vers l’Afrique subsaharienne. João Gonçalves Zarco découvrit Madère et fonda Funchal, ville que nous avons visitée lors d’une escale mémorable, où l’architecture coloniale témoigne encore de cette période faste.

Les héros du côté est et leurs expéditions maritimes
Le flanc est du Padrão dos Descobrimentos présente des figures tout aussi déterminantes. Vasco de Gama domine cette face, lui qui en 1498 établit la première liaison maritime entre l’Europe et les Indes en contournant le cap de Bonne-Espérance. Son exploit modifia durablement les routes commerciales mondiales et affirma la suprématie navale portugaise. Fernand de Magellan, dont l’expédition réalisa le premier tour du monde par l’ouest entre 1519 et 1522, figure également en bonne place parmi ces explorateurs qui repoussèrent les limites du monde connu.
Pedro Álvares Cabral prit possession du Brésil en 1500, établissant la présence portugaise en Amérique du Sud qui perdura jusqu’en 1822. Bartolomeu Dias fut le premier navigateur européen à doubler la pointe sud de l’Afrique en 1488, baptisant ce passage “cap des Tempêtes” avant qu’il ne devienne le “cap de Bonne-Espérance”. Cette route maritime ouvrit l’accès aux richesses de l’Orient et transforma le Portugal en puissance commerciale majeure. Nous retrouvons également Afonso de Albuquerque, gouverneur des Indes portugaises entre 1509 et 1515, qui établit un réseau de comptoirs commerciaux en Asie.
| Année | Découverte | Explorateur principal |
|---|---|---|
| 1415 | Ceuta (Afrique du Nord) | Jean Ier et ses fils |
| 1488 | Cap de Bonne-Espérance | Bartolomeu Dias |
| 1498 | Route maritime vers les Indes | Vasco de Gama |
| 1500 | Brésil | Pedro Álvares Cabral |
| 1543 | Japon | Fernão Mendes Pinto |
Le roi Alphonse V, surnommé “l’Africain” en raison de ses conquêtes au nord de l’Afrique, soutint financièrement les expéditions maritimes. Nicolau Coelho commanda l’un des navires de la première expédition aux Indes et fut le premier Portugais à poser pied au Brésil. Gaspar Corte Real découvrit le Groenland et Terre-Neuve avant de disparaître en mer en 1501, suivi par son frère parti à sa recherche. Ces destins tragiques illustrent les dangers des explorations maritimes à une époque où la navigation reposait sur des instruments rudimentaires et des cartes imprécises.
L’héritage culturel et religieux des découvertes
Au-delà des navigateurs et militaires, le monument rend hommage aux missionnaires et intellectuels qui accompagnèrent l’expansion portugaise. François Xavier, missionnaire jésuite canonisé en 1622, fonda le collège Saint-Paul à Goa et évangélisa l’Asie. João de Barros, historien et écrivain, rédigea les chroniques des explorations portugaises, créant une mémoire écrite de ces épopées maritimes. Ces témoignages nous permettent aujourd’hui de comprendre les motivations et les méthodes des explorateurs du XVe siècle.
Nous constatons que le monument aux découvertes célèbre une période où le Portugal, petit pays de 92 000 kilomètres carrés, domina les océans et établit des liens avec quatre continents. Cette expansion eut des conséquences profondes sur les échanges culturels, commerciaux et biologiques à l’échelle mondiale. Les épices, les textiles et les métaux précieux affluèrent vers Lisbonne, enrichissant la capitale portugaise qui devint l’un des ports les plus importants d’Europe. L’héritage de cette époque perdure dans l’architecture manuéline que nous admirons notamment à Óbidos lors d’un voyage dans le temps ou dans les villes côtières comme Lagos en Algarve, où les fortifications rappellent l’importance stratégique de ces ports durant les grandes découvertes.














