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BossaNovaBrasil | 18 octobre 2017

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2 Commentaires

TribOz : Lapa côté jazz

« TribOz s’adresse à ceux qui veulent être provoqués », me dit Mike dans les premières secondes de notre entretien. « C’est un lieu qui dépasse les préjugés, et c’est aussi la concrétisation de mon rêve de musicien. Ici, on ne joue que de la musique fusionnelle.»

Quand mon taxi s’arrête à 20:15 devant le 19, Rua Conde de Lages, je crois d’abord à une erreur. La façade n’est éclairée que par une discrète enseigne à la gloire d’une bière qui n’a rien d’australienne. Je bats la porte, pas de réponse : je suis en avance. Alors je descends la rue jusqu’à un café minable. Manifestement, ce n’est pas ici le Lapa des fêtards, mais plutôt le côté pile de la Bohême. Je patiente au milieu des poubelles.

Vingt minutes plus tard, Mike Ryan m’ouvre : contraste saisissant. La salle est magnifique, intelligente, créative. Une scène, une régie, un bar, de l’espace. Une déco mi brésilienne mi australienne. Le club est fermé ce soir. On tire une table, deux chaises, une grande bouteille de bière, et l’interview commence.

TribOz, c’est le fruit de l’aventure extraordinaire d’un jazzman australien, trompettiste, compositeur, docteur en musicologie de l’université de Sydney, enseignant, qui arrive au Brésil en 1996, et pose ses valises à Belo Horizonte d’abord, à Rio ensuite. Mike Ryan, 62 ans cette année, s’installe dans le quartier, à deux pas du squatt le plus mal famé du coin, le « 31 », rendez-vous des drogués et des travestis. Et il cherche un lieu pour son projet.

« Cet endroit était une ruine, mais je n’étais pas riche, et j’ai senti ici une énergie positive. Je l’ai acheté par pure intuition, ensuite il y en a eu pour six ans de travaux, que je payais au fur et à mesure de ce que je gagnais en jouant et en donnant des cours. » Mike me montre les photos prises tout au long des travaux qui ont fait de la ruine le plus beau club de jazz de Rio. Seule la façade est restée en place, tout le reste a été rasé et reconstruit.

Le son est remarquable. « Ici, on parle… entre les sets » me dit encore Mike. « Quand on joue, on entendrait tomber une épingle ». C’est vrai que cette particularité suffirait à donner au TribOz une place unique à Rio ! Le lieu héberge des concerts trois soirs par semaine : jeudi, vendredi et samedi. Le reste du temps, c’est un studio d’enregistrement et une salle de cours, animée par des professeurs de qualité, dont Mike lui-même, mais aussi Marcos Suzano pour les percus, Cesar Machado pour la batterie, Tomás Improta (le pianiste de Caetano), et Marcelo Padre pour le sax et la flûte.

« Je suis soutenu par mes voisins, des gens très modestes et très gentils. Le Triboz est l’une des rares façades du coin qui ne soit pas couverte de graffitis. Il n’y a pas de mystères, mais il y a un « Mister » : tout le monde dans le coin m’appelle comme ça ».

Il est temps de partir. Mike m’accompagne jusqu’aux arches de Lapa. J’entendrai les gosses lui lancer des « Hello Mister ! », et je ne ferai pas de mauvaise rencontre.

TribOz.
 Centro Cultural Brasil – Austrália – Rua Conde de Lages, 19, Lapa, Rio de Janeiro.
http://www.triboz-rio.com/

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Commentaires

  1. Dave

    Un personnage, ce Mike !
    Il faut sauver le soldat Ryan.
    « Ici on parle entre les sets » … Ah ils jouent au squash aussi ? Ou au tennis de table (d’où set de table, of course).

  2. Charles

    Très pro cet interview ! On est gâtés !
    En cherchant sur Youtube j’ai trouvé beaucoup d’enregistrements réalisés s/place. Pas sûr qu’on entenderait tomber une épingle… mais pour le coup c’est de la samba :
    http://www.youtube.com/watch?v=pgy9n8b-E-I

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