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BossaNovaBrasil | 24 mars 2017

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Lúcio Alves et la fille de la plage

La liste est longue des artistes que les exégètes ont qualifié de « précurseurs de la bossa nova ». Il en est qui le méritent plus que d’autres, parce que bien avant Chega de Saudade ils ont contribué à sortir la musique brésilienne de l’ornière morbide des boléros-suicides qui sévissait dans les années 40. Lúcio Alves est de ceux-là, et Moça da Praia est l’un de ses morceaux les plus connus.

Né mineiro, rapidement installé à Rio avec ses parents, Lucio se met très jeune à la musique. Son père lui apprend la guitare et le garçon montre rapidement ses talents précoces. Il commence à chanter à la radio à l’âge de… neuf ans, et à quatorze, il forme un groupe vocal, « os Namorados da Lua » – les amoureux de la lune – dont il est l’arrangeur, le chanteur leader et le guitariste. La même année, il triche sur son âge pour signer le contrat que propose au groupe le casino d’Urca, et il écrit une samba qu’il co-signe avec Haroldo Barbosa : De conversa em conversa, qui devient immédiatement un tube.

Il a toujours quatorze ans ! Il fume, il boit des verres à l’occasion, il chante, et il vit avec une femme de deux fois son âge. En 47, il laisse tomber son groupe pour une carrière solo, passe quelques temps aux Etats-Unis, rentre à Rio où il poursuit sa carrière de baryton. A l’arrivée de la bossa nova en 58, Lucio Alves encourage ses benjamins en participant gratuitement à leurs concerts encore amateurs, se range résolument dans les rangs de la nouvelle musique de Rio, et enregistre plusieurs disques dont Balançamba en 1964, entièrement écrit par Menescal et Bôscoli.

Ecoutez ce délicieux Moça da Praia (la fille de la plage) :

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Il est né la même année que Tom Jobim, mais à cause de sa précocité, il se retrouve classé parmi une vieille garde qui ne résiste pas à l’arrivée du yé-yé. Quand certains changent de look et de style, Lucio reste accro au smoking et préfère les harmonies subtiles aux trois accords de la grille de rock. Mal lui en prend : il va rester onze ans sans enregistrer et à courir le rare cachet. Pendant les 28 dernières années de sa vie il ne sortira plus que trois disques : un magnifique album studio « Lucio e as Mulheres », et deux live dont l’un avec Doris Monteiro.

Lucio Alves est un bohême. Le peu d’argent qu’il a mis de côté se retrouve bloqué par le gouvernement Collor. En décembre 90, il est opéré du cœur, mais il y a des complications. Le 17, les musiciens de Rio organisent un concert spécial à la Scala « Grandes musicos, grandes amigos », dont les recettes seront reversées à Lucio Alves. 5 heures, 600 spectateurs payants, un plateau incroyable (Jobim, Caetano, Johnny Alf, Titi Madi, Doris Monteiro… mais pas João Gilberto, qui se défilera comme d’habitude). L’argent permet à Lucio de régler la clinique et de vivre quelques mois tranquille. Mais il restera désormais silencieux et mourra dans la pauvreté trois ans plus tard…

Pour en savoir plus sur Lucio Alves, Dick Farney et tous les autres, je vous recommande le livre de Ruy Castro, « A onda que se ergueu no mar ».

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