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BossaNovaBrasil | 24 juin 2017

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4 Commentaires

João Gilberto de la révélation à la gloire

« Mes rêves les plus dingues ont pris corps quand en 59 j’ai écouté le Chega de saudade de João Gilberto », écrit Caetano Veloso dans un article récent, qui continue ainsi : « João m’a tout appris. Par dessus tout il m’a donné une idée forte du destin du Brésil ». Bigre, à ce point là ? Mais que s’est-il passé ?

Quand Tom Jobim met en musique les paroles de son aîné et déjà célèbre poète Vinicius de Moraes pour le disque d’Elizeth Cardoso Chega de Saudade, il ne s’agit encore que de samba canção. Un style hybride, un chant lourdingue et affecté, une orchestration au sirop de Liège. Grâce à Jobim, João Gilberto est engagé comme guitariste pour quelques plages du disque (la chanson titre et Outra vez en seront les seules survivantes). Le bahianais essaie de donner des indications stylistiques que personne n’écoute. Seule sa guitare lui obéit, et on pourra déjà entendre sa batida – à condition de prêter l’oreille derrière le pandeiro, les cuivres et le bel canto. Le disque sort en avril 58.

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

João réussit à enregistrer quelque mois plus tard, le 10 juillet, un single (78 tours) qui reprend Chega de saudade, avec en face B une composition née à Juazeiro do Norte : Bim Bom. C’est de ce disque dont parle Caetano. Adieu pandeiro, adieu portando, adieu tristesse – ce « marre de la nostalgie » change la donne. C’est la naissance de la bossa nova. On note que le batteur adopte une rythmique un peu curieuse, mi samba mi coco (un style bahianais) – la structuration de la batterie bossa par Milton Banana viendra plus tard.

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joão-gilberto-chega-de-saudadeTout va s’enchaîner très vite. En novembre arrive un deuxième single, avec Desafinado de Jobim et Hô-bá-lá-lá de João. Il grave un 33 tours (l’équivalent d’un CD, les p’tits gars !) en 59, sous le même titre Chega de Saudade. On y trouve entre autres Rosa Morena, Saudade fez um Samba, et Maria Ninguem. Le pull que porte João sur la pochette n’est même pas à lui… L’année suivante, l’album « O amor, o sorriso e a flor » est rempli de futurs tubes de Tom Jobim : Corcovado, Samba de uma nota so, Meditação… mais on y trouve aussi Trevo de Quatro Folhas, Voce vai ver (Discussão), Outra vez, et une version géniale de O Pato, de Jaime Silva et Neuza Teixeira.

Dans le même temps, la légende se développe : João passe des heures au téléphone, ou dans les toilettes. Il chante à l’heure où les autres musiciens vont se coucher. Il ne mange que des mandarines, ou des crevettes. Il est d’un perfectionnisme qui touche à la dinguerie.

Un troisième album suit rapidement en 61, simplement intitulé João Gilberto, davantage empreint de Nordeste, et dont est extrait cette Samba da Minha Terra, qui constitue une démonstration éclatante de l’intention de l’artiste : « La bossa nova je ne sais pas ce que c’est. Moi je joue de la samba ». La voici en disque et en vidéo, malheureusement écourtée.

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João Gilberto au Carnegie Hall, photo Globo

João Gilberto au Carnegie Hall, photo Globo

En 1962, après une série de concerts de légende avec Tom Jobim, Vinicius de Moraes, Milton Banana et os Cariocas au restaurant de Rio Au Bon Gourmet,  il est de l’incroyable aventure du Carnegie Hall. Financés par le gouvernement, des dizaines de musiciens brésiliens partent à l’assaut des Etats-Unis, dans un total désordre. Trois d’entre eux vont être immédiatement repérés par les américains : Tom Jobim, Sergio Mendes, et lui, João Gilberto. Stan Getz est en embuscade…

Demain : João Gilberto de Stan Getz au mythique « Album blanc »

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Commentaires

  1. Emilie

    Très sympa cette série, merci !

  2. Super ta série sur João Gilberto. Vraiment très bien. Y’a juste un point qui me chiffonne (mais c’est juste une question de goût) : dire d’Elizeth que son chant est « lourdingue », tu y vas fort. C’est sûr que ça a vieilli mais quelle voix magnifique. Immense !

    J’avais commenté l’épisode sur l’Elixir : « Luis Americo Jr. rapporte que pendant les séances d’enregistrement, encore tout jeune mais déjà acariâtre, il se permit ainsi de suggérer à la Divina d’interpréter « Chega de Saudade » sur un ton plus intimiste. La grande dame préféra le faire à son idée, « à l’ancienne » dira-t-on rétrospectivement. Et Dieu sait que finalement elle a bien fait ».
    http://lelixirdudrfunkathus.blogspot.com/2010/03/elizeth-cardoso-100-fois-une-autre-fois.html

    Si « Chega de saudade » est à jamais incarné par le chant de João Gilberto, sur « Outra Vez », il n’atteindra jamais les sommets où Elizeth a porté ce morceau mais sur lequel il joue effectivement de la guitare et où son jeu contribue grandement à la réussite du morceau.

  3. Thierry

    Evidemment je pourrais dire du bien de tout le monde, mais ce n’est pas mon genre, en tous cas pas ici… Donc, grande dame ou pas, je persiste dans mon opinion : chanteuse « à voix », et déjà classique vieillissant quand le disque a été enregistré, reine du portamento systémique, ‘a Divina’ est passé à côté d’une musique qui n’avait rien d’un boléro. Mais on va pas se fâcher non plus !

    PS : heureusement qu’il n’aura qu’une fois 80 balais Joãozinho, parce que cette série me demande bien plus de temps que je ne l’aurais souhaité…

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