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BossaNovaBrasil | 17 octobre 2017

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Bira da Vila, ambassadeur de la grande banlieue

Bira da Vila, ambassadeur de la grande banlieue

Rio ne manque pas de sambistes, et pour cause : ils se reproduisent de génération en génération ! Rencontre à Lapa avec Bira da Vila, chanteur, percussionniste et longtemps compositeur de l’école de samba de Grande Rio. Il se présente désormais comme l’ambassadeur de la Baixada Fluminense. Explications.

Bira m’a donné rendez-vous dans une adresse traditionnelle de Lapa depuis plus d’un siècle : a Capela – ou plutôt a Nova Capela, puisque le restaurant a glissé de quelques dizaines de mètres dans l’avenida Mem de Sa. C’est l’endroit où les musiciens se retrouvent vers minuit jusqu’à beaucoup plus tard. Petite salle sonore, garçons presque aimables, céramiques au mur et meilleures bolinhas de bacalhau du quartier.

« C’est Luiz Carlos da Vila qui m’a tout appris. C’est lui qui m’a fait prendre conscience de mon talent, mais surtout qui m’a fait comprendre l’importance du partage. Ce grand poète disparu voici trois ans avait choisi de porter le nom de Martinho da Vila, et moi – j’ai choisi de porter le sien ! ». Une manière d’affirmer que Bira da Vila n’est pas seulement le fils du compositeur Neblina, mais aussi membre d’une famille spirituelle d’humanistes.

Qu’est-ce que la « Baixada Fluminense » ? C’était à l’origine une région pauvre, rurale, infestée de malaria, exploitée d’une main de fer par divers « coroneis », ces propriétaires terriens dénués de tous scrupules qui s’arrogeaient le droit de vie et de mort sur leurs misérables sujets. Le développement urbain en a fait aujourd’hui une grande banlieue de Rio, composée de 13 villes et 4 millions d’habitants, sans beaucoup d’autre culture que la télé, la débrouille et la violence. « Beaucoup de musiciens sont nés ici, comme Clara Nunes ou João Nogueira. Leur objectif est généralement de quitter le coin le plus vite possible, direction Zona Sul ! », m’explique le musicien.

Bira da Vila y est né, mais lui n’a pas voulu en partir. « J’en avais marre d’avoir honte de dire que j’étais de la Baixada. J’ai décidé d’accepter ma condition, et de tirer cette banlieue de l’ostracisme général. Je suis allé chercher ses compositeurs oubliés, et me suis mis à mettre en valeur sa culture musicale propre, qui est immense. » Il en parle à Adelson Alves, un producteur mythique qui avait récemment fêté ses 80 ans : « Adelson a été immédiatement enthousiaste pour le projet. Et alors qu’il n’avait pas produit de disque depuis plus de vingt ans, il s’est immédiatement mis au travail. »

Si Bira da Vila a fait ce choix, c’est aussi par lassitude du milieu des écoles de samba du Grupo Especial (la 1ère division), après 12 ans passés dans le groupe des compositeurs de Grande Rio. « L’argent tient une place trop importante dans ce milieu », dit-il, « quand il faut investir 60,000 reais (24,000 €) pour la moindre maquette, on marche sur la tête. J’ai pris de la distance.»

L’excellent album « O canto da Baixada » dont vous allez écouter un extrait a été pour l’essentiel enregistré en 2005, mais n’est sorti que l’an passé. Il a été nominé en 2011 au Premio da Musica Brasileira, dans la catégorie productions indépendantes. Compositions, arrangements, voix, musiciens : c’est carrément très bon !

« Je dédie ma vie à construire une histoire et laisser quelque chose de solide », me dit-il. Souhaitons à Bira da Vila de continuer avec succès ce combat dont le premier résultat artistique est de grande qualité. Et écoutons-le chanter le titre qui ouvre l’album : O daqui, o dali e o de lá, en compagnie de Beth Carvalho.

Je suis allé ensuite avec Bira jusqu’à la Vaca Atolada, un bar à roda de la rue Freire Gomes, toujours à Lapa. Je l’y ai écouté. Les conditions d’enregistrement (et de chant !) sont loin d’être idéales, mais en voici quand même un extrait.

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Commentaires

  1. Bira da Vila n’hésite pas à annexer les Minas Gerais à la Baixada Fluminense, si l’on en croit ce qu’il dit de Clara Nunes. Mais ça doit être général au Brésil : on m’avait dit à Vitória que la chère Clara était capixaba !

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